27 mai 2025 – Genève, Suisse – EG Justice, l’Association Africaine pour l’Éducation et le Développement (ASAFED), la Coalition Opening Central Africa (OCA), le Collectif Sassoufit et la Plateforme Lusophone pour les Droits Humains (PLUDH) expriment leur vive inquiétude face aux actions récentes qui affaiblissent l’indépendance judiciaire et sapent l’État de droit en Guinée équatoriale, et appellent le gouvernement à donner la priorité à la protection judiciaire effective, dans le respect absolu d’un système judiciaire indépendant et impartial.
Les organisations signataires ont reçu des informations crédibles concernant des procès à huis clos impliquant des dizaines de citoyens de l’île d’Annobón, sans notification préalable ni présence de leurs avocats. Ces procès secrets ont lieu après plus de dix mois de détention, durant lesquels vingt-six (26) des détenus incarcérés dans la prison de haute sécurité d’Oveng Azem n’ont même pas pu consulter leurs avocats.
Selon M. Cruz Eya Nchama, président de l’ASAFED :
« Tenir un procès à huis clos, en l’absence des avocats librement choisis par les détenus, viole clairement la Constitution de la Guinée équatoriale, qui garantit à tout citoyen le droit de ne pas être condamné sans procès préalable, ni privé du droit à la défense à aucun moment de la procédure judiciaire. »
Il a ajouté que, de même,
« Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Guinée équatoriale en 1987, garantit à toute personne le droit à un procès équitable et public devant un tribunal impartial. »
De plus, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples stipule explicitement le droit de toute personne à la défense, y compris celui d’être assistée par un avocat de son choix.
Les signataires soulignent que ces procès à huis clos s’inscrivent dans un contexte plus large d’atteintes à l’indépendance de la justice et d’aggravation du déficit de garanties pour la défense légale. En juillet 2024, des habitants de l’île d’Annobón ont organisé une manifestation pacifique et adressé une lettre au président Obiang pour demander l’arrêt des explosions de dynamite utilisées par l’entreprise SOMAGEC dans le cadre de ses travaux de construction. Ils dénonçaient les dommages causés à leurs habitations, ainsi qu’à la faune et à la flore de cette île déclarée Réserve naturelle par le gouvernement.
À la suite de cette mobilisation, le gouvernement a procédé à des arrestations arbitraires à Annobón, y compris de membres des familles venus exprimer leur soutien aux personnes transférées à Malabo. Trente-trois (33) hommes et quatre (4) femmes ont été inculpés. Selon le dernier acte d’accusation, daté du 10 mai 2025, les charges retenues sont au nombre de six, dont certaines très graves : diffamation et calomnie, exercice abusif des droits fondamentaux, rébellion, atteinte à l’ordre constitutionnel et troubles à l’ordre public.
Selon Tutu Alicante, directeur exécutif de EG Justice :
« Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a examiné en mars 2025 la situation des droits humains en Guinée équatoriale dans le cadre de l’Examen Périodique Universel (EPU), et le gouvernement a accepté dix-huit recommandations, notamment celles appelant à la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement et à la ratification du Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ces procès à huis clos contreviennent clairement à l’esprit et à la lettre des engagements pris à Genève. »
Dans ce contexte, nous, signataires de cette déclaration, appelons l’État de Guinée équatoriale à respecter la législation nationale en vigueur et les droits humains fondamentaux des citoyens détenus pour leurs activités pacifiques à Annobón. Nous lançons également une alerte au Conseil des droits de l’homme des Nations unies et aux autres organismes internationaux, sur la situation de ces détenus — et d’autres encore — dans les prisons insalubres du pays, où leurs droits sont systématiquement bafoués.
Signataires :
- EG Justice : Equatorial Guinea Justice
- ASAFED : Association Africaine pour l’Éducation et le Développement, membre de l’ECOSOC depuis 1983
- OCA : Coalition Opening Central Africa
- Collectif Sassoufit
- PLUDH : Plataforma Lusófona de Direitos Humanos







