Les organisations signataires du présent appel avaient en date du 12 août 2024 lancé un appel à la retenue face à la dérive dictatoriale caractérisée par la non application des textes nationaux et des engagements internationaux, un rétrécissement sans pareil de l’espace d’expression démocratique et citoyenne, l’exclusion, la discrimination, l’impunité, les violences de toutes sortes, l’activation des fibres ethniques, claniques, régionalistes et religieuses pouvant entraîner le Tchad dans une situation conflictuelle dommageable.
Voyant le danger se pointer à l’horizon, l’appel numéro 1 a tiré la sonnette d’alarme et a demandé au pouvoir et aux autres acteurs/actrices de la vie politique de se retenir afin de donner une chance à la paix et à la cohésion sociale et éviter que le sang des Tchadiens ne coule à nouveau.
Les signataires de l’appel reviennent encore appeler instamment au respect des Droits Humains et à la Justice tenant compte des enlèvements, des arrestations arbitraires, des assassinats et des exécutions extrajudiciaires qui sont légion ces derniers temps.
Devant un Tchad qui s’enlise dans les violations monstrueuses des Droits Humains et des Libertés fondamentales, la récurrence des conflits intercommunautaires qui prennent l’allure d’un terrorisme d’État parce que commis avec des armes de guerre, entre les mains des individus qui n’en devaient pas être détenteurs, met en exergue la responsabilité du gouvernement tchadien dans l’insécurité que la population subit.
En effet, du 14 au 21 mai 2025, la nation tchadienne a été encore le théâtre d’événements alarmants qui violent gravement les Droits Humains et les principes démocratiques mettant en péril la cohésion sociale, la stabilité et la paix.
C’est avec beaucoup de consternation et d’indignation que les signataires ont appris le conflit intercommunautaire survenu au village MANDAKAO, du département de la Dodjé dans la province du Logone Occidental, occasionnant une fois de plus des pertes en vies humaines dont les femmes et les enfants, et des pertes matérielles.
Ces violences récurrentes soulignent l’urgence d’une politique nationale de prévention des conflits et de gestion équitable des ressources.
Face à cette énième tragédie, le gouvernement tchadien, au lieu de s’assumer pour mettre fin à cette barbarie, notamment en traitant le mal à la racine par des moyens légaux et d’une manière objective, se complaît plutôt dans l’intimidation des voix discordantes, la manipulation (même sur les vies humaines), l’instrumentalisation, la corruption et fait de l’impunité la règle d’or.
En plus des conflits intercommunautaires soigneusement entretenus pour justifier une militarisation à outrance du Tchad et des dépenses colossales dans le domaine sécuritaire, on assiste à des enlèvements, des arrestations et des détentions arbitraires de paisibles citoyens.
Cependant, le gouvernement est prompt à déployer les militaires dans certaines villes et quartiers pour des sales besognes en les détournant de leurs missions régaliennes qui consistent à protéger la population.
À cela s’ajoute, la persistance de l’impunité et l’absence d’un système judiciaire capable de rendre justice conformément aux règles de droit, alimentant ainsi un sentiment d’injustice et de frustration au sein de la population.
Les autorités en charge de la sécurité disent à qui veut l’entendre que des actions de désarmement sont régulièrement opérées dans les territoires, mais toutes les fois que ces conflits surgissent, les assaillants font usage des armes de guerre pour massacrer les populations. Il y a lieu de se questionner sur la provenance de ces armes de pointe détenues par des individus.
De surcroît, les bourreaux, quand on arrive à les identifier et arrêter, ne sont jamais jugés ni condamnés par la justice tchadienne, car appartenant à une catégorie d’intouchables ou agissant aux ordres d’un haut cadre militaire. C’est cela qui crée et développe un sentiment de haine et une nécessité d’auto-défense puisque le bourreau se promène librement devant la victime sans être inquiété.
Ainsi, l’acharnement du pouvoir sur les cadres, chefs de partis politiques et militants de la société civile s’intensifie en toute impunité, montrant la nature dictatoriale du gouvernement.
En effet, depuis plus d’un mois, les menaces, enlèvements, intimidations ont atteint le comble. Des individus en armes et à bord de véhicules non immatriculés enlèvent les citoyens en plein cœur de la capitale et à l’intérieur du pays vers des destinations inconnues. Pour illustration, l’on peut citer entre autres, les cas de M. Eric Ndoassal, enlevé par des hommes armés à Radisson le 23/04/2025 et sa voiture arrachée par ses bourreaux pour une direction inconnue. L’enlèvement de M. Noubadignim Ronelyambaye, Chef de division démographie et cartographie à l’INSEED, le 07 mai 2025 à la sortie du CEFOD par des individus à bord de 05 véhicules à vitres teintées qui reste jusqu’à présent introuvable. L’intimidation et les menaces de mort qui pèsent depuis quelques semaines contre M. Max Kemkoye, président de l’Union des Démocrates pour le Développement et le Progrès (UDP), et le Professeur Avocksouma Djona, président du parti Les Démocrates.
Par ailleurs, la stupéfaction est à son comble quand l’on assiste à l’acharnement sans pareil contre le Président du parti Les Transformateurs Dr MASRA SUCCES, son interpellation musclée, sa détention préventive depuis le 21 mai 2025 contre toute logique juridique.
Tous ces faits illustrent d’une manière tangible la volonté du pouvoir de faire taire toute expression contraire à sa volonté et d’asservir d’une manière définitive la population tchadienne.
De tout ce qui précède, les signataires de l’appel numéro 2 :
- Présentent leurs vibrantes condoléances à toutes les familles endeuillées, et souhaitent prompt rétablissement aux blessés ;
- Condamnent fermement la nature barbare des actes commis lors du conflit de Mandakao ;
- Dénoncent le comportement moyenâgeux des autorités administratives du département de Dodjé et de la province du Logone occidental ;
- Rappellent au gouvernement tchadien le respect des engagements auxquels il a souscrit ;
- S’indignent de l’intervention du gouvernement comme un médecin après la mort ou un sapeur-pompier après l’incendie, témoignant non seulement de la légèreté dans la protection de la personne humaine, notamment son droit sacré à la vie, mais d’un manquement grave à l’obligation de protéger qui lui incombe au premier chef ;
Ils exigent des pouvoirs publics :
- De garantir le respect des droits fondamentaux de tous les citoyens, y compris les opposants politiques ;
- De mettre en place une enquête indépendante et impartiale sur les événements de Mandakao préalablement à toute poursuite contre des individus ;
- Le désarmement systématique et réel des individus qui portent illégalement des armes de guerre et d’identifier leurs provenances ;
- De prendre des sanctions conséquentes contre les autorités locales qui attisent les conflits pour des intérêts égoïstes ;
- De mettre fin aux arrestations arbitraires et aux intimidations contre les acteurs politiques et de la société civile ;
- De renforcer les mécanismes de justice pour garantir des procès équitables et transparents ;
- De promouvoir un dialogue véritablement inclusif afin de fonder une nation tchadienne juste et équitable.
Ils exhortent la communauté internationale, les organisations régionales et les partenaires du Tchad à soutenir les efforts visant à restaurer la paix, la justice et la démocratie.
Ensemble, œuvrons pour un Tchad respectueux des Droits Humains, Juste et Prospère.
Les signataires :
| No | Noms et prénoms | Organisation |
| 1 | Me Jacqueline Moudéïna | Coalition Contre l’Impunité (CCI) |
| 2 | Mme Ildjima Lokiam Agnès | Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (ATPDH) |
| 3 | Me Delphine Kemneloum DJIRAIBE | Public Interest Law Center (PILC) |
| 4 | Mme NARMADJI Céline | Association des Femmes pour le Développement et la Culture de la Paix au Tchad (AFDCPT) |
Fait à N’Djaména, le 27 mai 2025







